dimanche 2 mars 2014

LOLA LAFON - LA PETITE COMMUNISTE QUI NE SOURIAIT JAMAIS

RESUME :
Parce qu'elle est fascinée par le destin de la miraculeuse petite gymnaste roumaine de quatorze ans apparue aux JO de Montréal en 1976 pour mettre à mal guerres froides, ordinateurs et records au point d'accéder au statut de mythe planétaire, la narratrice de ce roman entreprend de raconter ce qu'elle imagine de l'expérience que vécut cette prodigieuse fillette, symbole d'une Europe révolue, venue, par la seule pureté de ses gestes, incarner aux yeux désabusés du monde le rêve d'une enfance éternelle. Mais quelle version retenir du parcours de cette petite communiste qui ne souriait jamais et qui voltigea, d'Est en Ouest, devant ses juges, sportifs, politiques ou médiatiques, entre adoration des foules et manipulations étatiques ? Mimétique de l'audace féerique des figures jadis tracées au ciel de la compétition par une simple enfant, le roman-acrobate de Lola Lafon, plus proche de la légende d'Icare que de la mythologie des "dieux du stade", rend l'hommage d'une fiction inspirée à celle-là, qui, d'un coup de pied à la lune, a ravagé le chemin rétréci qu'on réserve aux petites filles, ces petites filles de l'été 1976 qui, grâce à elle, ont rêvé de s'élancer dans le vide, les abdos serrés et la peau nue.

MON AVIS :
Ce roman raconte l'histoire d'une jeune fille, douée pour le sport et notamment la gymnastique, son ascension puis sa chute, dans la Roumanie des années sous la dictature de Ceausescu.

On y découvre les entraînements des gymnastes, leur régime alimentaire, les efforts et les souffrances fournies, pour décrocher les médailles d'or, et rentrer au pays couverte de gloire.
C'est un parcours difficile, où la personne est considérée comme une force politique, un blason à montrer à l'extérieur, pour montrer que la dictature est infondée.

Mais quand la jeune fille devient femme, que le corps change, on se rend compte que l'objet de réussite est une personne à part entière, difficile à manipuler, et moins intéressante.

Lola Lafon, réussit à travers son récit à deux voix : la narratrice et des échanges imaginaires avec Nadia C , un récit passionnant, très bien documenté, qui utilise le destin de la gymnaste, comme fil conducteur, pour nous décrire la vie quotidienne des gymnastes olympiens, de la vie quotidienne,  dans le contexte des années Ceausescu et des années 80.

Entre autres aberrations, la police des menstruations, qui (citation) "chaque mois, les médecins de la polices des menstruations lui écartent les genoux...Pas d'amoureux? Tu as des problèmes sexuels ? Quelle est la date de tes dernières règles ? Tu vas te décider quand ? (à enfanter) Tu as déjà penser à ce que tu dois au pays ? As-tu déjà pensé que tu avais des obligations envers nous ? Et bien tu en as. Car le Camarade t'a permis une vie fabuleuse durant toutes ces années (des heures et des heures d'entraînement et de l'épuisement). Alors Nadia, fais quelque chose: participe à l'avenir du pays." (enfanter) 

La maladie est une affaire d'état, selon le décret (citation)
"Les méthodes de contraception chimique provoquent des maladies graves entraînant la mort.
...Etre célibataire est suspect.Taux obligatoire d'enfants par femme: cinq...
Décret ;
"Toutes les femmes de 18 à 40 ans devront se soumettre à des examens gynécologiques mensuels sur leurs lieux de travail, pour détecter une éventuelle grossesse.Celles qui porteront les stigmates d'une tentative d'avortement seront punies d'une peine de prison. Les femmes refusant d'enfanter seront passibles de peine de prison.Les femmes ayant contracté des maladies suite à des avortements n'auront pas l'autorisation d'être soignées à l'hôpital...
Avoir et élever des enfants, voilà le plus noble devoir patriotique! "

"Jeudi 21 Décembre 1989 
Plus de mille sur cette grande place Timisoara, nés pour la plupart du décret 770 d'avortement ratés.
...Et bien s'il faut assister au spectacle une fois encore, on le huera (Ceausescu le Vieux) , on griffera le silence construit à la force de l'épouvante qu'on leur fourre dans la gueule jusqu'au cerveau depuis des années."

Nadia Comaneci, 1989
"Je rêvais de liberté, j'arrive aux Etats-Unis et je me dis : c'est ça la liberté? Je suis dans un pays libre et je ne suis pas libre? Mais où alors, pourrais-je être libre?"
L'arrivée de Nadia et l'apprentissage de la liberté.

MA  NOTE : 5/5
L'interview de Lola Lafon

Je remercie Libfly pour cette lecture commune dans le cadre du Salon du roman historique de Levallois 2014 et les Editions Actes Sud.


5 commentaires:

  1. Je l'ai réservé à ma bibliothèque. J'ai hâte de le lire!

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  2. Super, tu vas apprécié cette lecture, c'est vraiment intéressant.
    J'irais voir ce que tu en auras pensé.

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  3. Ta chronique donne vraiment envie de le lire, il a l'air magnifique, avec pleins d'émotions.

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  4. j'ai très envie de le lire aussi. ta critique vient renforcer cette envie

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